Le harcèlement, le racisme et la résilience

Le harcèlement

Des ajouts innovateurs aux conseils clichés

La semaine du 15 février était la semaine de la lutte contre le harcèlement à l’école (en Flandre). Le harcèlement met à l’épreuve la résilience de nombreux enfants. Parfois, la pression est si forte qu’elle a des conséquences durables pour la personne qui subit de l’intimidation, et même pour les intimidateurs eux-mêmes. Parce que, paradoxalement, le harcèlement est souvent l’expression d’un manque de résilience de la part de l’intimidateur. Si un enfant -ou tout être humain- ne se sent pas entendu, pas vu, et surtout en insécurité pendant longtemps, l’agression envers les autres devient une issue possible. Les enfants plus heureux, se sentant en sécurité et pouvant être authentiquement eux-mêmes seront rarement attirés par cet exutoire que constitue le harcèlement.

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Les racines, le tronc, les branches et les feuilles du

racisme

“Si le racisme était un arbre, les racines seraient notre sentiment séculaire d’impuissance et d’insécurité, le tronc notre désir émotionnel de stabilité et de sécurité, les branches nos pensées et nos interprétations, et les feuilles notre comportement et nos paroles.”

Dans la classe de mon fils, en 4e et 5e année d’une école primaire de Bruxelles, l’enseignant avait déjà remarqué à plusieurs reprises que les enfants se disaient “racistes” ou “c’est raciste” et qu’ils cherchaient tous un peu à savoir ce qui est ou n’est pas du racisme. Ils ont senti qu’il y avait quelque chose, mais ils n’ont pas été plus loin qu’une atmosphère inconfortable et des questions sur la façon dont ils pourraient approfondir ce sujet sensible. En raison de mon rôle de parent engagé et de mon travail d’animateur de Deep Democracy et de formateur à la pleine conscience, j’ai proposé de venir donner un atelier en classe l’après-midi. Certains ont ensuite estimé que “c’est quelque chose que nous pourrions continuer à apprendre et à discuter pendant des jours, des semaines, voire une année entière, lol ! Et ils ont raison. Le racisme n’est pas un sujet qui se résume à une seule journée. Mais comment et que pouvez-vous faire exactement en tant qu’enseignant ou en tant qu’école ? Et que faites-vous des petits enfants qui ne sont pas encore aussi compétents en langue ? Un atelier est un début, mais vous ne pouvez pas organiser des ateliers chaque semaine, n’est-ce pas ?

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Le harcèlement

Des ajouts innovateurs aux conseils clichés

La semaine du 15 février était la semaine de la lutte contre le harcèlement à l’école (en Flandre). Le harcèlement met à l’épreuve la résilience de nombreux enfants. Parfois, la pression est si forte qu’elle a des conséquences durables pour la personne qui subit de l’intimidation, et même pour les intimidateurs eux-mêmes. Parce que, paradoxalement, le harcèlement est souvent l’expression d’un manque de résilience de la part de l’intimidateur. Si un enfant -ou tout être humain- ne se sent pas entendu, pas vu, et surtout en insécurité pendant longtemps, l’agression envers les autres devient une issue possible. Les enfants plus heureux, se sentant en sécurité et pouvant être authentiquement eux-mêmes seront rarement attirés par cet exutoire que constitue le harcèlement.

Le harcèlement est avant tout l’expression comportementale d’enfants qui, de quelque manière que ce soit, ne se sentent pas en sécurité et qui par conséquent mettent les autres dans l’insécurité, et ce de manière non-intentionnelle. Tout comme quand vous blessez quelqu’un lorsque vous souffrez vous-même, dans la logique que “cette autre personne ressentira alors aussi ce que c’est que de souffrir”. Comme il s’agit d’un processus inconscient, celui qui ne se sent pas en sécurité ne vise pas directement celui qui lui a fait du mal, mais (avec le soutien d’autres personnes) quelqu’un qui a une position de pouvoir plus faible ou qui ne se défendra pas pour d’autres raisons. Tout cela semble être une “simple question de pouvoir”, mais le harcèlement est en fait une façon d’éprouver une sensation de sécurité temporaire, au détriment d’un autre, malheureusement.

En cette semaine de lutte contre l’intimidation, le Resilience Movement veut vous inviter à découvrir de nouvelles recherches. Aujourd’hui, nous avons accès à des recherches et des informations (en anglais) nous permettant de comprendre les racines du harcèlement. Les connaissances existantes sont certes précieuses, mais elles doivent être complétées.

Qu’est-ce qui est cliché et quelles sont les nouvelles propositions ? 

L’approche exclusivement cognitive est dépassée: on en parle, on écrit, on fait des films ou des chansons, et on fait campagne. C’est devenu une bonne habitude de se concentrer sur la compréhension de l’intimidation une semaine par an et de fournir des outils pour rester vigilant et de lutter pour une meilleure entente le reste de l’année. Mais ce n’est pas suffisant.

Ce qui est nouveau, c’est qu’on peut intervenir dans les processus subconscients sous-jacents qui sont à l’origine des problèmes de harcèlement. Parce que nous savons maintenant – comme le confirme par exemple l’article de Peter Brems du samedi 6 février à la VRT – que le comportement d’intimidation n’est pas un choix cognitivement conscient et calmement réfléchi.

Grâce aux neurosciences, nous savons maintenant aussi que: 

  • les processus inconscients d’(in)sécurité se déroulent dans le corps, dans les réseaux neuronaux de notre estomac, autour du cœur et dans le tronc cérébral, et non pas dans le néocortex où se déroulent la cognition et la réflexion.
  • Il y a une réponse impulsionnelle lorsque notre corps observe le signal “insécurité/danger” : Fight-Flight-Freeze-Faint.
  • La réflexion cognitive est impossible tant que nous ne passons pas à une sensation que notre corps considère comme “suffisamment sûr”.
  • Des dommages permanents peuvent survenir si nous n’apprenons pas à revenir à la “sécurité”, quel que soit notre âge.
  • Le traumatisme (à savoir pas de rétablissement après un moment de stress) et la résilience (rétablissement rapide et complet après un moment de stress), se transmettent de façon génétique à la naissance et sociale au cours de la vie, des parents à l’enfant.

La bonne nouvelle? C’est que tout le monde peut apprendre à passer de l’insécurité à la sécurité ! Ce mouvement nécessite un exercice physique régulier (de courte durée), de la concentration et un environnement dans lequel vous vous sentez suffisamment en sécurité. Cela signifie un environnement dans lequel vous disposez de suffisamment de temps et d’espace pour pouvoir rechercher vos sentiments, apprendre à les reconnaître et apprendre à les exprimer de différentes manières (non destructrices). Un environnement dans lequel vous sentez qu’il existe un véritable lien et un intérêt sincère de personne à personne, dans lequel vous apprenez à tomber et à vous relever (avec le soutien nécessaire), dans lequel vous n’êtes pas considéré comme un enfant à problèmes qui a besoin d’être réparé.

Si l’on veut aller plus loin, on constate que les intimidateurs mettent en évidence un problème fondamental dans notre société. Un problème de (im)puissance, d’insécurité, de performance, de pression et un manque total de ressources, qui se reflètent également dans le système scolaire : les budgets limités de l’éducation, le nombre élevé d’épuisement professionnel parmi le personnel éducatif, l’approche standardisé des punitions et des récompenses en sont les frais. Aussi, les nombreux jugements sur le comportement et les compétences des élèves et professeurs ne font qu’accentuer ce sentiment d’insécurité. En tant qu’école et en tant qu’élève, vous recevez de bonnes, moyennes ou mauvaises notes, et votre ’Inspection” est une source de beaucoup de stress. Un cachet de bonne ou mauvaise attitude vous est attribué, votre carte de comportement est colorée en rouge, orange ou vert, vous êtes accepté ou réprimandé.

Malgré toutes ces infos à notre disposition, nous mettons maladroitement le problème sur le dos des enfants, désignés comme “harceleurs” parce c’est ce qui est visible : un enfant qui en harcèle un autre. Mais au lieu de vouloir à tout prix désigner un coupable,  ne devrions-nous pas plutôt nous poser les questions suivantes :

  • Sommes-nous, en tant qu’adultes, capables de créer un espace sûr, curieux et inconditionnellement connecté pour nos enfants, à la maison et à l’école ?
  • Sommes-nous capables de fixer des limites claires sans retomber dans un système de punition/récompense ?
  • Sommes-nous assez résistants pour regarder dans notre propre cœur – comme nous le demandons aux harceleurs – pour chercher ce dont on a besoin pour changer fondamentalement les vieilles habitudes de notre système éducatif (et de la société) ?

Enfin, une tentative de mise à jour des précieux conseils de l’article de la VRT.

Que pouvez-vous faire lorsque votre enfant harcèle d’autres enfants?

  • Ayez une conversation avec votre enfant dès que possible et demandez-vous ce dont vous et votre enfant avez besoin pour rester en lien inconditionnellement pendant cette conversation. Soyez calme et prêt à écouter. Surtout, essayez de découvrir pourquoi votre enfant harcèle. Prenez votre temps et cherchez ensemble des réponses honnêtes et claires sur les sentiments qui pourraient être en jeu, y compris les vôtres. Conscients de la difficulté de cette question, n’hésitez pas à chercher des ressources (par exemple sur ce site web) ou à contacter le centre PMS de l’école.
  • Précisez que vous vous tiendrez aux côtés de votre enfant. Votre enfant doit comprendre que vous désapprouvez son comportement, mais pas sa personne. Montrez votre amour à votre enfant dès le début de la conversation, rappelez lui ô combien vous l’aimez et ce de manière inconditionnelle : vous serez toujours là pour lui, quelles que soient les erreurs qu’il commet. Faites tout votre possible pour écouter sans interrompre, sans poser de questions, sans donner de conseils. Faites place aux questions et aux conseils dans une prochaine étape (voir “Conseils pour un dialogue résilient“). Terminer une conversation difficile par un câlin permet d’évacuer toute la tension évacuée, tant par vous que par votre enfant.
  • Soulignez les bonnes intentions et les mauvaises conséquences du comportement de harcèlement. Précisez que dans la situation, tout le monde est en inconfort et pas seulement la victime. Demandez à votre enfant notamment quels sont les sentiments et les pensées agréables et désagréables qui surgissent lorsqu’il veut intimider quelqu’un.
  • Précisez avec calme mais fermeté que le comportement de harcèlement ne doit pas être répété. Ensemble, découvrez ce qui peut aider votre enfant à faire autre chose que du harcèlement la prochaine fois : faites ensemble un exercice physique régulier de centrage (par exemple, cet exercice basé sur l’aïkido) , ou cherchez ensemble un exercice physique et des informations qui vous conviennent mieux.
  • Demandez à votre enfant de faire un “geste d’excuse” à celui ou celle qui en a été victime. Cela peut se faire sous la forme d’une lettre, d’un message enregistré ou d’une conversation. Demandez à votre enfant ce dont il a besoin pour pouvoir le faire ou s’il a d’autres idées. Un peu plus de temps ? Aide, soutien, présence de votre part en tant que parent ou d’un professeur en qui il a confiance ? Réalisez aussi combien il est difficile de le faire. Quand vous êtes-vous excusé pour la dernière fois ? Donnez à votre enfant des exemples de la difficulté que vous avez rencontrée et de la façon dont vous avez fini par y arriver.

Ylva Berg

Ylva est formatrice et facilitatrice multilingue en Démocratie Profonde (prise de décision inclusive et résolution de conflits) pour enfants et adultes, formatrice MBSR/MBCT et Education en Pleine Conscience, étudiante en ‘Embodiment’, bénévole dans un mouvement social et des associations socioculturelles, chanteuse, et mère de trois enfants.

Les racines, le tronc, les branches et les feuilles du

racisme

Dans la classe de mon fils, en 4e et 5e année d’une école primaire de Bruxelles, l’enseignant avait déjà remarqué à plusieurs reprises que les enfants se disaient “racistes” ou “c’est raciste” et qu’ils cherchaient tous un peu à savoir ce qui est ou n’est pas du racisme. Ils ont senti qu’il y avait quelque chose, mais ils n’ont pas été plus loin qu’une atmosphère inconfortable et des questions sur la façon dont ils pourraient approfondir ce sujet sensible. En raison de mon rôle de parent engagé et de mon travail d’animateur de Deep Democracy et de formateur à la pleine conscience, j’ai proposé de venir donner un atelier en classe l’après-midi. Certains ont ensuite estimé que “c’est quelque chose que nous pourrions continuer à apprendre et à discuter pendant des jours, des semaines, voire une année entière, lol ! Et ils ont raison. Le racisme n’est pas un sujet qui se résume à une seule journée. Mais comment et que pouvez-vous faire exactement en tant qu’enseignant ou en tant qu’école ? Et que faites-vous des petits enfants qui ne sont pas encore aussi compétents en langue ? Un atelier est un début, mais vous ne pouvez pas organiser des ateliers chaque semaine, n’est-ce pas ?

Un jour plus tard, je suis tombée sur l’article “Déclarations racistes chez les enfants : comment réagissez-vous ?” sur le site web d’un magazine pour écoles et parents. J’ai été heureuse de découvrir ce qui avait déja été mis en place et quels conseils les écoles, les enseignants et les parents reçoivent pour rendre le racisme discutable. Toutefois, il y manquait une approche plus scientifique, basée notamment sur des courants neuroscientifiques récents. Cette approche, encore peu connue, se concentre sur les dimensions physiques et émotionnelles impliquées dans ce phénomène social. Parce que le racisme, profondément enraciné dans notre société, ne peut être résolu uniquement par la parole et la pensée. J’aimerais examiner de plus près les déclarations et conseils intéressants de l’article ci-dessous, afin de les compléter et de les approfondir avec de nouvelles idées et des exercices pratiques.

“Les jeunes enfants ne sont pas daltoniens. Parlons des différences comme la couleur de la peau”.

Cette déclaration se concentre sur le comportement et sur la manière de le rendre discutable. Je voudrais souligner l’importance de faire systématiquement le lien entre les comportements concrets, les explications cognitives/verbales et les émotions/sentiments qui se cachent derrière les comportements. Vous pouvez le faire avec des enfants de tous âges, et de différentes manières.

  • Commencez par reconnaître et admettre des émotions de base telles que le bonheur, l’amour, la colère, la tristesse, la peur, et cherchez également où vous ressentez cette émotion dans votre corps (estomac, gorge, ailleurs, ou encore dans tout votre corps ?). Vous pouvez par exemple chanter ensemble la même chanson avec des émotions différentes, vous pouvez jouer de la musique et demander quel sentiment l’accompagne (l’interprétation peut être différente pour chaque enfant).
  • Vous pouvez poser des questions comme : “Comment savoir ce que quelqu’un ressent ? À quoi ressemble votre visage lorsque vous êtes en colère/ triste/ anxieux/ heureux ? Que faites-vous lorsque vous êtes en colère/triste/anxieux/joyeux ? Que voulez-vous le plus alors ? Reconstituez ensemble les différentes expressions du visage et aidez les enfants à trouver les réponses à ces questions, donnez des suggestions afin qu’ils puissent les reconnaître ou non et apprendre à les nommer.
  • Vous pouvez regarder ensemble un extrait de “l’expérience des poupées” (vidéo en néerlandais), avec l’instruction de prêter attention aux émotions qui surgissent en vous. Tous les enfants de la vidéo n’ont pas une “préférence” pour la poupée blanche, mais ils lui attribuent tous des caractéristiques ou des situations avantageuses. Un enfant a dit par exemple : “la poupée noire est plus jolie, j’étais comme ça aussi, (niveau des sentiments), mais la poupée blanche est moins punie (niveau du comportement), mais je ne sais pas pourquoi”, (réflexion, recherche de lien et de cohérence entre les sentiments et le comportement).
  • En tant qu’animateur, la qualité de l’absence de jugement, de l’ouverture et de la curiosité tranquille et honnête est très importante. Lorsque vous entendez une déclaration raciste, vous pouvez poser la question “Dites-vous cela pour blesser ou parce que vous ne comprenez pas ?” Cela peut aider si vous le faites avec une attitude douce, ouverte et curieuse. En même temps, il y a aussi des jugements fermes attachés aux mots ‘blesser’ (“on ne peut pas blesser quelqu’un d’autre”) et le fait de ne pas comprendre (“si on ne comprend pas, les autres pourraient penser qu’on est stupide ou on aura de mauvaises notes”) et cela peut bloquer la conversation.  Vous pouvez le re-formuler comme suit : “Qu’est-ce que tu sens quand tu dis cela? Cela te fait sentir moins triste, plus sûr ou plus fort ? Et que penses-tu que l’autre personne ressent ? Par exemple, le bonheur, la colère, l’insécurité ou la tristesse ou autre chose?” Nous pouvons alors découvrir ensemble que ce n’était peut-être pas l’intention de blesser quelqu’un, mais que cela se produit parfois accidentellement quand même. L’étape suivante est donc  : Comment pouvons-nous nous aider mutuellement à nous rattraper lorsque quelque chose de mal arrive et que nous n’en avions pas l’intention ?

“Les enfants peuvent dire des choses blessantes sur la couleur de la peau sans les avoir entendues à la maison ou ailleurs. Nommez les différences et concentrez-vous sur les similitudes”.

J’aimerais vous donner quelques informations de base provenant de la neuroscience. Tout notre corps et notre système nerveux sont naturellement réglés pour remarquer rapidement les différences et les stimuli négatifs, de sorte que dans un environnement stable et sûr, “l’autre” qui est potentiellement dangereux est rapidement détecté. C’est ce que nous appelons le “biais de négativité”. Nous captons également des signaux positifs, qui nous relient, mais ceux-ci sont intégrés et enregistrés dans notre cerveau beaucoup plus lentement. Remarquer et stocker consciemment des informations positives nous coûte environ quatre fois plus d’efforts que de remarquer des informations négatives. En tant qu’êtres humains, nous recherchons souvent un équilibre sain entre le négatif et le positif, et une image globale qui nous semble juste. Il est donc important de pouvoir raconter une histoire et de guider les conversations afin qu’elles puissent en aborder les différents aspects :

  • Nous reconnaissons la réalité dans laquelle nous remarquons tout naturellement les différences (nous sommes différents)
  • Nous reconnaissons également que de nombreuses différences sont en fait très précieuses, qu’elles favorisent la croissance et le développement et qu’elles ne sont pas du tout dangereuses (nous sommes complémentaires)
  • Nous reconnaissons enfin que nous avons beaucoup de choses en commun qui nous relient et nous font nous sentir en sécurité ensemble (nous sommes égaux)

“Les enfants entendent et voient ce que vous ne dites pas. Développez votre sélection des livres, faites entrer le monde dans votre classe”.

Les enfants ressentent  les émotions et l’atmosphère générées par les personnes ou les autres enfants qui leur sont proches, sans savoir les nommer. Ils assimilent ces sentiments sans en avoir conscience, et le générateur de ces émotions en est souvent encore moins conscient. Imaginons qu’un certain sentiment ou émotion apparaîsse ; bien souvent, ils ne savent pas quoi en faire et n’ont simplement pas les mots pour le nommer, l’extérioriser. C’est le processus inconscient que les neuroscientifiques appellent la “neuroception”. Il peut être très effrayant pour les enfants de ressentir quelque chose sans savoir quels mots utiliser et n’arrivent donc pas à poser de questions. Aussi, ils peuvent sentir inconsciemment que cela peut provoquer une gène. 

  • Il est donc important d’adapter les objets dans leur environnement et en classe – tels que les livres et les vidéos ou d’autres matériels -, mais aussi de s’entraîner à nommer ce que l’on ressent. 
  • Aller ensemble à la recherche de mots qui donnent un sens à leur monde intérieur crée un sentiment de sécurité et de connexion avec les autres personnes, ce qui leur permet de faire des erreurs et d’en tirer des leçons.

“Les tout-petits sont trop jeunes pour comprendre un concept comme le racisme. Signalez les comportements et le langage inappropriés”.

Il est vrai que les tout-petits n’ont pas besoin d’un long discours sur l’histoire de la colonisation ou d’explications sur les processus conscients et les concepts cognitifs. En même temps, ils comprennent la différence et les sentiments qu’ils ressentent lorsque quelqu’un leur dit quelque chose de blessant sur un sujet qu’ils ne peuvent pas changer, comme la couleur de la peau. Ils peuvent également reconnaître et comprendre leurs propres sentiments si nous les aidons. Même les enfants d’âge préscolaire savent quand ils se sentent bien ou mal.

  • Ensemble, nous pouvons apporter plus de nuances et, au lieu de “bien” et “pas bien”, nommer aussi la tristesse, la peur, l’insécurité, le bonheur, l’amour, le doute et bien d’autres émotions
  • Les liens entre le comportement, les sentiments et les réactions physiques sont souvent beaucoup plus évidents pour les petits enfants que pour nous, les adultes. Ils déchargent automatiquement la tension accumulée en courant ou en faisant d’autres mouvements, et parfois ils se blessent ou se blesser mutuellement en cas d’émotions intenses comme la colère ou la peur. Donner de l’espace à ce qui est nécessaire (comme l’exercice physique et la reconnaissance des émotions) peut aider à prévenir les situations douloureuses.
  • Nommer un comportement inapproprié est certainement important, mais son effet dépend de la façon dont ce comportement est nommé. Si on accorde du temps et une attention ouverte (sans porter de jugement), l’adulte et l’enfant peuvent collaborer pour découvrir quels sentiments accompagnent leur comportement, et ce qu’ils pourraient faire ou dire différemment la prochaine fois.

“Pour parler du racisme, en tant qu’enseignant, vous devez en savoir suffisamment sur le sujet. Approfondissez le sujet et réfléchissez”.

En lisant cette déclaration, j’ai envie de dire “oui, mais non”. Bien-sûr,  il va de soi qu’il est important d’accorder une attention suffisante aux informations existantes sur le racisme et de comprendre quels sont les enjeux pour mieux en parler. Les enfants sont de grands questionneurs et il est agréable de pouvoir leur répondre. J’ai moi-même beaucoup appris en lisant des livres, en participant à des ateliers et en écoutant des experts inspirants. Mais par ailleurs, mon “Non” indique que les racines du racisme sont moins compliquées qu’on ne le pense et que chacun, même sans informations de base, peut déjà commencer à prendre de nouvelles habitudes qui sont préventives et curatives.

  • Nous n’avons pas besoin d’attendre que tout le monde soit formé pour reconnaître le racisme en soi et chez les autres, pour le nommer et pour le guérir. Même sans en parler, nous pouvons déjà commencer à nous entraîner et à développer la conscience corporelle et l’expression émotionnelle liées au “sentiment de sécurité ou d’insécurité”. Ces compétences sont indispensables pour engager des conversations constructives un peu plus tard et pour construire une culture non raciste.
  • La proposition ici est de ne pas attendre d’être “assez informé.e” pour vous sentir légitime et commencer une démarche de réflexion avec avec les enfants. Pourquoi ne pas commencer tout de suite à élaborer un résumé clair et aussi complet que possible, à organiser de courts ateliers destinés à l’éducation avec des informations très basiques sur le racisme et, enfin, surtout des exercices pratiques et physiques. Ainsi, enseignants, élèves, parents et autres superviseurs peuvent commencer dès maintenant ce processus. Au fil du temps, nous pourrons explorer ensemble ce que signifie concrètement la construction d’une culture de l’égalité.

Alors que j’écris ces dernières phrases, une voix interrogative surgit en moi : Pouvons-nous, en tant qu’adultes -parents et enseignants- nous donner la permission de ne pas tout savoir? Dans le cas où nous ne savons pas grand-chose sur un sujet, pouvons-nous chercher les réponses ensemble, apprendre ensemble, grandir ensemble ? Tout en gardant en tête que notre principal objectif est de rester en lien, osons-nous partir à l’aventure avec nos enfants et planter de nouveaux arbres aux racines les plus diverses ?

*La neuroception est le processus inconscient (non-cognitif) par lequel votre corps scrute constamment votre environnement (interne et externe) et, par l’intermédiaire de tous vos sens, reçoit des signaux, les traite et les transmet à votre “cerveau de reptile” ainsi qu’à votre système limbique. Les signaux dangereux déclenchent une réaction d’impulsion: combattre-fuire-parylser-effondrer. A l’inverse, des signaux de sécurité amèneront l’information plus loin dans votre néocortex (cognition, perception) afin que vous puissiez y réfléchir et agir consciemment. Ce dernier effet nous permet, en tant qu’humain, de modifier notre propre comportement.

Ylva Berg

Ylva est formatrice et facilitatrice multilingue en Démocratie Profonde (prise de décision inclusive et résolution de conflits) pour enfants et adultes, formatrice MBSR/MBCT et Education en Pleine Conscience, étudiante en ‘Embodiment’, bénévole dans un mouvement social et des associations socioculturelles, chanteuse, et mère de trois enfants.


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